Un soir banal autour d’un dîner banal, Mini-Me nous dit le plus simplement du monde :

“Eh bah Machin, il s’est fait exclure parce qu’il a fait un acte sexuel !! Et comme par hasard c’était sur moi !”

J’ai flippé et Bruce a failli crevé d’étouffement.

Un acte sexuel. Sur ma fille de 11 ans. A l’intérieur, j’étais en panique et Bruce, à l’intérieur, avait envie de péter des rotules à tout va.

Alors j’ai posé des questions et demandé des détails le plus calmement possible :

Que s’est-il passé exactement (que je sache à qui éclater la tronche)?
A la récré, il m’a couru après, il m’a jeté par-terre et il m’a fait l’amour !

Comment ça, “faire l’amour” (pitié faites que ce ne soit pas ce à quoi je pense)?
Bah il est venu sur moi et il me serrait fort.

Etais-tu d’accord (garder son calme à tout prix) ?
Non.

Il t’a fait mal quelque part (si oui, il va vraiment souffrir lui aussi) ?
Bah oui, il m’a poussé et jeté par terre, et il serrait ça fait mal.

Il a enlevé ses vêtements ? Et les tiens (mon Dieu non…)?
Non, on était habillé.

Sais-tu ce que veut dire faire l’amour (je n’ai pas envie d’avoir cette conversation mais je le dois)?
Oui c’est un acte sexuel.

Mais toi, tu n’étais pas d’accord, donc, ce n’est pas “faire l’amour”. On fait l’amour quand on est tous d’accord, ça rappelle le consentement. Toi, tu n’étais pas d’accord, donc c’est une agression sexuelle (mon coeur de maman est en miette).
Non j’avais pas envie.

Que s’est-il passé ensuite ?
J’ai crié et je lui ai donné un coup de genou là où ça fait mal : dans les couilles ! (Normalement, elle n’a pas le droit de dire des vulgarités, mais là, elle peut.)

Tu as eu raison de ne pas te laisser faire (fierté maternelle) ! C’est bien de se défendre quand on n’est pas d’accord.
Après un assistante d’éducation est venue et elle l’a emmener.

Donc, résumons : ce garçon a commis un acte sur ma fille qui la ressenti comme une simulation d’acte sexuel. Elle, n’a pas conscience de la gravité de cet acte. Et le collège ne m’a pas prévenu et ils ont fait rentrer le garçon chez lui.

Cette situation soulève plusieurs questions auquelles je vais tenter de répondre.

Première interrogation :Pourquoi ma fille n’a pas eu conscience de la gravité de la situation  ?

Elle n’était pas choquée, ni flippée, ni traumatisée. Cette affaire lui semblait presque normale, genre, elle était blasée. Mais elle a bien ressenti que quelque chose clochait.

Alors il fallu lui expliquer pourquoi c’est grave. Pourquoi ce n’est pas une situation normale. Pourquoi le comportement de ce garçon est intolérable en plus d’être répréhensible.

Que quand quelqu’un la touche ou la caresse ou l’embrasse sans qu’elle ne soit d’accord et qu’elle dit clairement “non”, alors c’était une agression sexuelle. Et si elle dit “oui”, pour ensuite dire “non” et que la personne continue, c’était aussi une agression.

Mais que si elle est d’accord et qu’elle a clairement exprimé son consentement, alors ce n’est pas une agression mais un acte consentit.

Je ne pensais pas être obligée de parler de ça à son âge. Nous avions déjà un peu évoqué le sujet et je lui avais déjà dit que personne n’a le droit de s’approprier son corps ou de lui faire des choses dont elle n’a pas envie, elle qu’elle n’hésite pas à se défendre et à en parler aux adultes si ça arrivait. Cette leçon, apparemment, elle l’a retenue et c’est tant mieux.

Mais cette fois, j’ai bien insisté sur le consentement. Parce qu’elle n’avait vraiment pas réalisé la différence entre un acte sexuel consenti et un acte sexuel non consenti (une agression donc). Nous n’avons pas banalisé cette situation, au contraire, nous lui avons bien expliqué le caractère anormal. Et nous lui avons aussi bien dit que ce n’était pas sa faute. Dans ce genre d’affaire, le problème, c’est l’agresseur, et surtout pas elle.

C’est important de le dire à nos enfants (même très jeunes) et de bien leur faire comprendre la notion de consentement.

je pose ça ici.
http://elisegravel.com/blog/consentement-explique-aux-enfants/

Ainsi, ils ont les armes pour se défendre et ne pas se laisser faire car ils savent que ce genre de situation n’est pas normale.

Deuxième interrogation : A quoi sert cette sanction ?

Réponse : à rien !

Donc, le gamin est rentré chez lui. Ok mais ensuite ?  Cette sanction sans suivi est inefficace. Comment un gamin peut comprendre que ce qu’il fait est inacceptable s’il n’est pas suivi ?

Il s’avère que la gamin est resté chez lui pendant quelques jours pour “se calmer” à la demande du CPE.
Il a dit à l’infirmière qu’il avait serré fort ma fille pour ne pas qu’elle s’en aille… Et ma fille, bah elle n’a vu personne pour en parler. Heureusement qu’elle a des parents ouverts et qui n’ont pas de tabous pour parler de cet évènement parce que là, clairement, il n’y a aucun suivi, ni pour l’une, ni pour l’autre…

Heureusement, dans notre histoire, le gamin en question a un suivi. Ils ne l’ont pas laissé là, sans explications, livré à lui même. Et dans ce collège, il y a des interventions et des choses mises en place pour discuter de harcèlement, des agression et tout autres sujets sensibles qui sont importants d’aborder avec de jeunes ado.

Pour moi, une exclusion ne résoudra rien et peut mettre de côté un gamin. Il ne prendra pas conscience de la gravité de ce qu’il a fait, il comprendra juste que s’il fait une bêtise, il aura plusieurs jours de vacances à la maison (j’exagère un poil).

Un enfant, quelqu’il soit, s’il a des pulsions, il faut effectivement un vrai suivi. Il ne faut pas le laisser dans la nature comme ça. Non seulement, c’est mauvais pour les autres mais aussi pour lui. Ca n’aide personne de rester dans l’ignorance.

Il faut armer nos enfants contre les agressions mais il faut aussi tout faire pour empêcher qu’ils deviennent agresseurs.

Dernière interrogation : Pourquoi le collège ne nous a pas prévenu ?

J’ai eu une réponse très tardive. Trois semaines plus tard à force d’insister à avoir au moins quelqu’un au bout du fil (merci les vacances scolaires).

A l’heure du #PasDeVagues qui circule en ce moment sur les réseaux sociaux, les profs, les instits, le personnel des établissements scolaires se libèrent et racontent ce qu’il vivent au quotidien. Ce genre d’histoire ne devrait pas être étouffée pour éviter tout scandale.

Finalement, j’ai réussi à avoir le CPE en ligne, il m’a immédiatement proposé un rendez-vous car il n’était lui même pas vraiment au courant de cette affaire. Pour lui, c’était juste un “incident de cour” comme il y en a tout le temps. Il ne savait pas ce qu’il s’était réellement passé.

Lors de notre rencontre, il m’a expliqué qu’il en avait parlé avec la surveillante qui avait assisté à la scène et à l’infirmière qui avait reçu le gamin. La surveillante a juste vu ce gamin sur ma fille, elle l’a attrapé et amené chez l’infirmière. Quand à ma fille… Bah rien… Elle est restée là dans la cour comme je le disais plus haut.

Alors, pendant ce rendez-vous avec le CPE, on a parlé tous les trois. Je dois dire que ce monsieur prend les choses très au sérieux et a toujours pesé ses mots envers ma fille pour ne pas qu’elle se sente coupable. Il a bien insisté sur le fait qu’elle n’était pas coupable et qu’elle avait bien fait de se défendre et d’en parler. Il a utilisé les bons mots et n’a pas tourné autour du pot, sans aucun tabou, ni gène. J’ai apprécié son discours qui était juste, censé et respectueux.

Même simulé, c’est un acte sexuel non consenti et sous la contrainte, donc une agression sexuelle. Le texte de loi est clair là dessus -> lire ici

Et finalement, que va t’il se passer ?

Pas grand chose de plus.

Le CPE, les surveillants et l’infirmière vont être plus vigilants. C’est la seule chose qu’ils m’ont dit.

Mais ça ne me suffit pas. Alors je vais proposé de mettre en place une intervention au collège sur ce genre sujet en partenariat avec le CIDFF, une association que je connais, qui lutte pour les droits des femmes et des familles, avec laquelle j’ai déjà collaboré et qui est conventionnée par l’Education Nationale pour intervenir dans les établissements scolaires.

Et d’ailleurs, il existe bien des outils sur l’éducation à la sexualité à disposition pour les équipes éducatives –> à lire ici

Ce sujet est tabou dans de nombreuses familles. La plupart des gamins ne sont pas éduqués là dessus et ne savent pas ce qui est bien ou mal, ce qu’ils peuvent faire ou pas.

Alors j’ai clairement dit à ma fille qu’elle continue à se défendre si besoin, qu’elle n’hésite pas à en parler si elle est victime ou si elle voit quelqu’un d’autre en être victime et que je ne m’arrêterai pas là.

Continuer d’insister, lutter s’il le faut, et faire en sorte que ce genre d’intervention se fasse. Car si à la maison, les enfants ne sont pas ou peu éduqués, l’école peut elle aussi être un soutien et un lieu de discussion.

Si vous voulez vous aussi faire quelque chose, il est possible de faire évoluer les choses. Rapprochez vous des fédérations de parents, des associations locales et des établissements scolaires, et pas que sur ce sujet, pour donner un meilleur avenir à nos enfants.

C’est notre devoir. De parents et de citoyens.

Edit du 15 novembre 2018 :

J’ai rencontré la Principale, son adjoint ainsi que le CPE. Nous avons discuté de cet évènement et de ces deux enfants. Ils m’ont confirmé que l’enfant en question bénéficie d’un suivi et qu’il y avait d’ailleurs un suivi en continu tout au long de l’année avec tous les élèves par le biais d’interventions et de discussions, de théâtre, d’ateliers, etc.

Nous avons tous notre avis sur l’évènement en question et je ne vais pas vous raconter ce que nous nous sommes dit mais on avance et j’espère user de ma toute petite place au sein des parents délégués de la FCPE pour proposer la mise en place une intervention, une conférence ou quelque chose d’autres pour discuter de ce sujet, pour sensibiliser et pour faire d la prévention. En touts cas, on avance.

Mon “cheval de bataille” est passé du trot au galop.