Je m’interroge. Oui je me pose beaucoup de questions sur la condition féminine parce que figure toi que j’en suis une. Une femme.

Et ces derniers temps, j’ai vu et vécu des choses qui m’ont beaucoup énervé. Donc je gueule ici, parce qu’il faut que ça sorte.

Alors question :

Pourquoi perdons nous le statut de “femme” quand nous devenons “mère” ?

Nan parce que pour moi, bah c’est la même personne. Mais pour le reste du Monde (ou du moins une partie), apparemment, il y a une différence a absolument mettre en évidence.

Témoignage :

Une amie très chère à mon coeur et qui fait partie de ma troupe de burlesque est enceinte et c’est formidable. Elle a la chance d’en profiter à fond et de se sentir très bien dans son corps, dans sa tête et de vivre pleinement sa grossesse. (Oui je l’envie un peu parce que perso, pour moi, c’était l’enfer pire que l’enfer de l’enfer !). Cette femme s’assume, se sent bien et propage toute sa positivité autour d’elle (ça se voit que je l’aime ?!).

Elle fait donc partie de ma troupe Burlesque et nous performions sur scène au salon du chocolat de Reims. Nous jouions des saynètes dont une qu’elle faisait avec moi. Le thème était “Rock” et j’incarnais une rock-star blasée qui repoussait ses fans cherchant un autographe. Elle jouait la fan, habillée en short en cuir et un top court laissant apparaître son magnifique ventre de femme enceinte de 7 mois.

Crédit photo : Studio Moyougi

“Elle devrait avoir honte de se montrer comme ça alors qu’elle est enceinte”. “Elle n’a aucun respect pour elle-même, ni pour son bébé”.

Voilà ce genre de phrases assassines que nous avons entendues.

Oui, c’est comment dire… déconcertant. D’autant plus que ça venait de jeunes femmes qu’on aurait pu croire plus ouvertes sur le sujet.

Alors, je me suis interrogée. Je me suis dit que vraiment, c’est une vision archaïque de la femme. Une vision qui dit que devenir mère revient à tuer la femme que nous sommes.

Et puis, cette vision que je croyais attribuer à qu’une infime quantité de personne, s’est avérée de plus en plus grandissante.

D’autres témoignages me sont parvenus. Certaines se sont fait décrier parce qu’elles était mères ET belles (wtf ?!). D’autres m’ont dit s’être fait insulter de pute parce qu’elles portaient des escarpins (euh…). D’autres me disent que se montrer en sous-vêtements provoquaient des huées et des vulgarités à leur encontre (sic!). Ou encore, on m’a aussi dit que le simple fait d’avoir une attitude féminine, dans des gestes ou des paroles, suffisait à se faire catégoriser comme mauvaise mère (a ke wa ?!).

Comme si devenir mère allait de pair avec la laideur. Comme si on n’avait pas le droit de porter des talons, du rouge-à-lèvres ou simplement de se sentir femme même si on porte un jean…

La femme devient “juste” une mère.

Elle ne peut plus être comme elle veut. Elle ne peut plus s’habiller comme elle veut. Elle ne peut plus faire comme elle veut. Elle ne peut plus être elle-même sans essuyer des critiques et des “conseils avisés”. Les “tu devrais” deviennent des armes de destructions massives ultra culpabilisantes. Elle n’est plus maîtresse de sa vie car elle doit rentrer dans le moule “maman” et uniquement dans ce moule ci.

Et quand une maman (enceinte ou non) se montre ou devrais-je dire : ose se montrer en autre chose qu’une maman, elle est décriée et pointée du doigt comme étant une mauvaise mère. Ne pas être sexy ni trop maquillée. ne pas être ambitieuse ni un requin. Ne pas être une femme et ne pas s’assumer en tant que telle. Etre une mère. Juste une mère. Ne surtout pas se montrer sous un autre jour, ne pas sortir du moule, jamais…

Et je ne parle pas des mères qui osent aller au travail en laissant ses enfants dans les crèches et autres garderie et écoles. Les mères au foyer, elles aussi, ont mauvaise réputation. A partir du moment où une mère s’affirme en tant que femme (Etre Humain donc), tout est prétexte à la culpabiliser et la cantonner dans un seul rôle.

Je le sais, je le subis fréquemment. Je me suis fait insulter de mauvaise mère parce que ne ferme jamais ma bouche, on m’a dit que je devrais m’occuper de mes enfants plutôt que d’écrire sur ce blog. Ou je me fais fustiger parce que je fais de l’effeuillage burlesque (chaque jour que Dieu fait,  je brûle en enfer apparemment). Ou pire, j’ose me montrer sur Instagram, en tenue de scène ou même en maillot de bain créant des tonnes de signalements et commentaires (toujours à base du classique “tu devrais”).

Crédit photo : Pink Woods Photography

Alors que faire face à ça ?

Tu as sans doute remarqué que devenir mère est un chamboulement incroyable dans la vie d’une femme (de l’homme aussi évidemment mais là n’est pas le sujet). Non seulement, son corps, et donc sa propre image change mais en plus, il faut prendre la responsabilité d’une vie humaine qui grandit à l’intérieur avant d’en prendre soin toute au long de sa vie.

Ce n’est pas facile de faire face à ce grand bouleversement et encore moins quand on doit subir la culpabilité qu’on nous balance à la figure chaque minute. Et l’image que nous devons renvoyer est celle de la parfaite maman, toujours au petit soin pour ses enfants, toujours apprêtée et habillée ni trop court, ni trop long, sans signes apparents tels que des tatouages et des piercings. Une image lisse et désuète de la mère qui ne doit s’occuper que de son “ménage” et qui a le rôle d’éduquer les enfants.

On pensait être débarrassées de cette image d’Epinal et en fait non, elle revient en force. Comme pour nous dire qu’on doit se remettre à notre place, qu’on ne doit pas être autre chose à partir du moment où nous sommes enceinte.

Dans certains pays, les femmes sont poussées à quitter leur travail et à rester au foyer, même si ce n’est pas leur plan de vie. Et si elles se battent et refusent, elles sont mal vues, décriées, insultées, voir pire…

Les femmes ont beaucoup de combats à mener et celui ci en est un de plus. On n’avance plus, on recule dans une société qui souhaite revenir à “avant”, quand c’était mieux et que les femmes n’avaient rien à dire.

Sauf que ce temps est révolu. Alors les conflits grandissent parfois même au sein des couples car notre éducation, notre génération, tout est en train d’évoluer. Et pas forcément dans le respect et le bien-être des personnes. Les premières victimes sont les femmes car même si le patriarcat faibli, il a encore des sursauts et des regains d’activités, et encore de belles années devant lui.

C’est plus fort que nous. Nous avons vécu dans une monde patriarcale depuis la nuit des temps. le changement, c’est pas maintenant, c’est demain et ça ne se fait pas en un jour. C’est pour tout cela qu’il faut continuer à lutter et à ouvrir nos gueules.

Pour montrer à nos enfants que nous pouvons être ce que nous sommes et ce que nous voulons être. Pour qu’ils grandissent avec l’envie d’être libre et de s’assumer tels qu’ils sont. Pour en faire des être humains tolérants qui se hissent face aux injustices et aux jugements. Pour qu’ils soient tous égaux. Pour qu’ils vivent la vie qu’ils choisissent.

Pour conclure, j’ai demandé à mon amie si la vision de la femme avait changé depuis qu’elle était enceinte, Et voilà ce qu’elle m’a répondu :

Elle m’a dit que le fait d’être enceinte lui a fait réaliser la difficulté de rester femme, jolie et souriante pendant cette période qui n’est pas si facile. C’est une lutte quotidienne de ne pas se laisser aller, de se maintenir en forme, de ne pas se couper du monde, ni de s’auto centrer autour de son nombril. Elle a beaucoup plus de respect pour les femmes qui sont maman car elle comprend mieux ce qu’elles ont traversé.

Sa conscience citoyenne et le respect d’autrui n’a pas changé mais par contre elle a été déçue et attristée par les comportements humains, surtout ceux des femmes.

Elle n’a pas eu l’impression de perdre son statut de femme, mais elle a juste eu l’impression de perdre sa dignité et d’être punie. Elle a mal vécu le fait d’être enceinte et en pleine forme dans cette société de chacun pour soi.

Alors oui sa vision des femmes a changé. Quelque-soit leurs parcours de vie, leurs envies, leurs frustrations, il y a aujourd’hui pour elle 2 catégories de femmes : les dragons et les papillons. Il y a celles qui tyrannisent et écrasent pour se défendre avant même d’être attaqué. Et il y a celles qui se fatiguent à éviter les embûches en mettant beaucoup d’énergie dans leur vol.

Alors mesdames, certaines d’entre vous, tout comme moi, assument pleinement le fait d’être une femme “plurielle” et je vous incite à le clamer haut et fort.

Parce que je vois beaucoup de mamans s’enfermer dans ce rôle et finir par être malheureuses et pas du tout épanouies. L’une d’entre elle m’a dit avoir perdu du temps à vouloir briller dans ce rôle au détriment de ses enfants et de son couple. La culpabilité est encore une énorme chape de plomb qui pèse sur les femmes et particulièrement les mères.

Si notre discours peut aider toutes les femmes à (re)prendre possession de leur vie, de leur façon de vivre, de leurs envies de vivre et leur permettre de dire merdre aux cons qui nous jugent, alors le message n’est pas vain.

Et toi, comment as-tu vécu ton “changement de statut” ? As-tu toi aussi ressenti que tu étais devenue “juste” une mère ?

P.S : je t’invite à cliquer sur les liens de cet article pour te rendre compte que c’est possible d’être libre de vivre comme on le veut.