Il m’est arrivé de me dire que ma vie serait pus simple si j’avais une petite poitrine. Que tout serait plus simple.

Je n’ai pas une poitrine si grosse que ça. Je fais un simple 95D. Et encore j’en ai perdu après mes deux grossesses. Mais cette taille est suffisante pour vivre des galères en tout genre.

Quand j’ai commencé à avoir de la poitrine, j’étais en sixième et tout est arrivé très vite. En cinquième je faisais déjà du bonnet C. C’est à ce moment là que j’ai compris qu’il fallait vraiment éduquer les garçons et les filles. Parce que je passais ma récré cachée derrière mes copines pour que personne ne focalise sur mes seins. J’avais aussi une amie, qui bien que n’ayant pas de poitrine, elle, se cachait quand même dans des tee-shirt taille XXL alors qu’elle mettait encore du 12 ans.

Chaque jour de ma jeune vie, je subissais les regards, surtout masculin, sur ma poitrine. Mes yeux avaient apparemment changé de place. Ces regards étaient toujours très malsains.

D’une part, les garçons de mon âge étaient curieux de cette évolution. Et comme on ne leur avait jamais rien dit là dessus, ils se questionnaient beaucoup. Ils étaient très intrigués, tellement qu’ils n’osaient plus s’approcher de moi. Un mélange de pudeur et de dégoût presque.

Puis les garçons plus âgés, dans les  15/16/17 ans qui eux, voyaient très bien ce qu’il pouvaient en faire de ces seins bien gonflés. Eux, ils étaient pour la plupart nourris de films porno, parce que comme pour les plus jeunes, on ne leur avait rien dit sur ce sujet, alors ils se sont donc renseignés par leurs propres moyens. Personne ne leur a dit que les films pornos n’étaient pas la réalité.

Et les pires regards étaient ceux des hommes, des adultes. J’étais fluette, avec des grandes jambes et une grosse poitrine. Et comble du comble, je portais beaucoup de petites jupe à carreaux. Quelle sotte, j’aurais du faire attention à ma façon de m’habiller (tu as bien compris que c’est de l’ironie hein…).

Bref, ces adultes, censés être des personnes attentionnées, des protecteurs et des modèles, me regardaient comme si j’étais une délicieuse glace à la fraise, prête à être dégustée… Sympa. Je me souviens notamment très bien de ce prof de bio de quatrième, qui se mettait dans l’encadrement de la porte de la classe à chaque fois que je devais y entrer. Il était obèse, j’étais donc obligée de passer en travers et je me retrouvais forcement collée à lui en passant cette porte qui pour moi était la représentation de la porte de l’enfer.

En grandissant, je me suis rendue compte que ces regards ne changeaient pas. A mesure que je devenais adulte, je subissais encore et toujours ces regards lourdingues et c’était même devenue pire. En effet, je me faisais suivre dans la rue, jusque devant mon chez moi. On me sifflait à tout bout de champs en ne me regardant jamais dans mes yeux. Je voyais sans cesse ces regards malsains sur moi, et je me suis retrouvée plusieurs fois dans des situations compliquées..

Du coup, je me cachais. Enfin je cachais ma poitrine surtout.

J’avais toujours cette amie qui se planquait sous des fringues informes qu’elle achetait au rayon garçon pour qu’ils ne soient pas cintrés sur son corps, il ne fallait pas voir ses formes, jamais. Elle avait toujours l’air d’un lapin dans les phares d’une bagnole. Je ne voulais pas vivre comme ça.

Alors, j’ai décidé de ne plus jamais me cacher. Je me suis habillée comme je le voulais. Il était hors de question que je sois moi aussi une pauvre petite bête apeurée. J’ai mis beaucoup de décolletés. De cette poitrine qui a attiré les plus grands dégueulasses, j’en ai fait un atout. Un outil de refus de l’oppression. J’ai arboré fièrement cette poitrine en signe de protestation.

Et puis, j’ai eu des enfants, j’ai perdu de la poitrine. Et du jour au lendemain, dans la rue, dans les transports a commun, au boulot, les hommes ne regardaient plus ma poitrine. J’ai cru que j’étais enfin tranquille et que les gens me regardaient en tant qu’être humain. En fait, j’étais juste passée du statut de la petite fille intéressante à la mère de famille inintéressante. Pas glauque du tout… Mais en vérité,  ça m’arrangeais bien. Je pouvais me concentrer sur ma vie.

Mais qu’en est-il des jeunes files et des jeunes garçons ?

Il y a clairement un manque. Les cours d’éducation sexuelle que j’ai eu lors de mon adolescence étaient trèèèès limités et surtout, on parlait uniquement de procréation. Je ne sais pas comment sont les cours d’aujourd’hui. Mais quand je vois tous les témoignages de jeunes filles sur les réseaux sociaux, j’ai bien peur qu’ils n’aient guère évolué. (J’attends vos témoignages pour éclairer ma lanterne).

Personnellement, à la maison, jamais ces sujets ont été évoqué. Comme dans beaucoup de foyers, c’était tabou. Un sujet à éviter car il fait apparement gênant.

Eh oui, les corps féminins ont toujours été source de tabou. Depuis que je suis enfant, il y a tout ou rien. C’est à dire qu’il y a une énorme dichotomie sur le discours. Et surtout une belle hypocrisie.  Soit le corps est “à cacher”, soit, on le montre à tout va pour vendre des yaourts ou des gels douche…

Entre les deux. Rien.

On apprend aux fillettes à ne pas porter de jupes trop courtes ni de décolleté. Mais on nous bassine à longueur de temps avec des images de corps féminin pour vendre le tout venant.

Et du côté des garçons, on ne leur explique pas que le corps des filles n’est pas honteux et qu’il n’est pas un objet qu’on peut prendre comme on veut.

On ne va pas se leurrer. Nous avons, pour la plupart, été éduqué ainsi.

Oui parce que quand on se renseigne un peu et qu’on voit les chiffres affolants sur les agressions sexuelles envers les femmes, les viols et autre pourcentage de femmes battues, on ne peut que se poser des questions du pourquoi.

Je pense que notre société évolue mais qu’elle ne le fera pas sans nous, et pas en claquant des doigts. Nous vivons dans une société patriarcale depuis des millénaires, le changement ne se fera pas en 2 minutes, ni sans nous. Il faudra être patients et persévérants.

En attendant, on ne doit pas rester les bras croisés. Il est de notre devoir de faire évoluer les mentalités, en éduquant dès la naissance, nos filles et nos garçons.

Parce que j’en ai assez de voir des gamines de 12 ans, effrayées dès les premières poussées de leur poitrine.

P.S : Comme d’habitude, je me suis embarquée dans un article avec tout mon coeur et mes tripes (d’où le billet fleuve destructuré). Ce que j’écris ne représente que mon ressenti, que mon avis. Peut-être que vous le partagez, peut-être pas. Mais pour moi, les partages d’expériences et les témoignages sont très important. Et parler de ces choses avec mes mots ne veut pas dire que j’ai raison ou que j’ai les clefs de la réussite.

P.S bis : J’attends vos témoignages et vos avis. Le débat est toujours bon pour faire avancer notre société et la rendre meilleure.

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