Ma chère fille.

Si aujourd’hui je t’écris c’est pour te raconter ce qu’était le 8 mars. Oui, je dis “était” car en cette année de 2019, il a perdu un peu plus de son sens, alors j’imagine que quand toi tu seras adulte et que tu auras compris les rouages de notre société, il sera encore plus détourné.

Oui parce qu’en 2019, le 8 mars n’est plus la journée internationale pour les droits des femmes mais “la journée de la femme“. Cette journée est devenue une “fête” oui, tu as bien lu.


Alors pour fêter ça, on met des femmes à la présidence de l’Assemblée Nationale, juste pour ce jour particulier et comme ça, elle arrêterons de râler cinq minutes.
On est ensevelies de promotions qui nous promettent une peau nette et sans poils grâce à cet épilateur ou pour cet agenda taille XXL pour l’organisation de la maison, avec un beau rabais juste pour ce jour particulier, comme ça, elles arrêteront de nous faire chier et resteront à leur place.
On voit pulluler des concours pour gagner des adoucissants spécialement pour célébrer les femmes juste pour ce jour particulier, comme ça, elles pourront repasser plus facilement, vous voyez qu’on pense à elles bordel !

Donc cette journée de “fête” est devenue une excuse pour nous dires que c’est cool d’être une femme, alors on nous offre des fleurs et des chocolats. On nous dit qu’on est belles et féminines, on nous envoie toutes ces injonctions dans la gueule, encore.
Quelle belle invention la journée de la femme hein ! En plus, c’est sympa parce qu’on à le droit de se plaindre, jour là c’est autorisé. Promis, on ne sera pas traité de sale féministe mal baisée aujourd’hui…

Le 8 mars, on célèbre la femmes à grand coup d’opérations ciblées, comme des soirées filles organisées dans des bowlings avec cours de talons gratuits entre 2 parties, c’est bien, on va apprendre à marcher avec des talons de 12cm, on sera des vraies femmes.
On nous propose des séances de maquillage offertes dans des enseignes de cosmétiques comme ça plus d’excuse pour rester fraiche et belle.
Les restaurants nous préparent des menus comprenant uniquement des mets de couleurs roses avec mojitos aux fraises offerts parce que c’est bien connu, le rose, c’est que pour les filles.
Les magasins de bricolage aussi s’y mettent en proposant des cours 100% féminin. Bah oué, faudrait pas se mélanger avec les hommes, on est pas à leur niveau.

Tu vois ma chérie, tout est bon pour célébrer la femme…

Youpi ! Ah bah non en fait…

Sauf que..

Toutes ces opérations, ce marketing, tout ça rend le 8 mars commercial comme si on fêtait la nouvelle année ou Noël. On oublie tout, on nous fait tout oublier. Et je te jure que je n’exagère pas.

C’est donc important pour moi de te dire la vérité sur le 8 mars. Pour ne pas oublier justement, et pour que toi et tes amies ne tombent pas dans le panneau qu’on nous a tendu depuis tant d’années.

Ce 8 mars, c’est une aubaine, parce que ce jour là, on est écoutées. Tu vas me dire qu’une journée, ce n’est pas suffisant, qu’il faudrait qu’on soit écoutées tous les jours. Tu as raison mais le Monde est ainsi fait et on a une journée, une seule petite journée qui fera réfléchir toute le reste de l’année. Pierre par pierre. C’est long et fastidieux mais on y arrive.

Ce jour là, on peut raconter les inégalités, les galères, les conditions de vie et toutes les horreurs que subissent les femmes à travers le Monde.

Et tu sais quoi, ma fille, il n’y a pas de petites batailles.

On peut dire que les femmes gagnent en moyenne 25% de moins qu’un homme à poste égal. Qu’elles sont discriminées au travail, à l’embauche parce “qu’elles vont nous pondre des gosses et enchainer les congés enfant malade”. Que quand elles reviennent d’un congés maternité, elles sont mises au placard.

On peut dire que les femmes subissent la Taxe Rose et payent les produits d’hygiène intime bien plus cher que ceux pour homme. On va te dire qu’on a qu’à prendre les produits masculins, sauf que ce qu’on veut, ce sont juste les mêmes produits aux même prix, c’est pas compliqué.
Que les protections hygiéniques ne sont pas considérées comme des produits de première nécessité alors que le Viagra qui traite les troubles de l’érection, lui est remboursé par la Sécu. Et du coup, qu’elles sont victimes de précarité menstruelle qui les prive de cours à l’école ou de journée de boulot à cause de leurs règles.
Que les femmes sont victimes des violences obstétricales, leur privant de leur accouchement rêvé et les traumatisant. Des femmes n’ont plus de suivi à cause de ces violences… Amelie Epicetout en parle très bien dans son article du jour.

On peut dire que le charge mentale est exclusivement géré par les femmes. Que 84% des femmes portent les familles monoparentales sur leurs épaules. Et qu’en couple, elles passent près de 5h par jour pour les tâches domestiques et les enfants de plus que leur compagnon.

On peut dire que 1 fille sur 5 est mariée de force avant ses 18 ans dans des tas de pays avec parfois des hommes qui ont 40 ans de plus qu’elle, par pure tradition. Certaines sont si jeunes qu’elle meurent lors de leur nuit de noce, violée par leur mari.
Des fillettes se tuent au travail 12h par jour dans des conditions inhumaines. D’autres sont utilisées comme esclaves sexuelles dans les pays en guerre.
Dans d’autres cultures, les gamines n’ont pas accès à l’éducation, l’école, c’est pour les garçons.

On peut dire que depuis le 1 janvier, 30 femmes sont mortes sous les coups de leur maris. 30… en 2 mois… En 2017, 130 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex.
1 femme sur 7 est victime d’agression sexuelle. Qu’au cours d’une année la moyenne des viols et des tentatives de viol est estimée à 94 000 femmes.
Que c’est monnaie courante voir un sport national de battre sa femme dans certaines cultures.

Il y a tant de choses à dire sur le sort des femmes à travers le monde. Tant de luttes qui sont effacées par le détournement de la journée du 8 mars. Alors je te donne les première clefs qui définissent la journée internationale pour les droits des femmes.

Pour faire court :

  • En 1903, les Suffragettes initie la lutte pour les droits des femmes au Royaume Uni en demandant le droit de vote.
  • En 1910 lors de la conférence internationale des femmes socialistes que l’idée d’une « Journée Internationale des Femmes » est lancée.
  • En mars 1911, un million de femmes manifestent en Europe.
  • Le 8 mars 1914, les femmes réclament le droit de vote en Allemagne.
  • Le 8 mars 1917à Saint Pétersbourg, des ouvrières manifestent, initiant la Révolution Russe.
  • Peu après 1945, le 8 mars devient une tradition dans les pays de l’Est et dans le monde.
  • Le 8 mars 1977, les Nations Unies officialisent la Journée Internationale des Femmes.
  • Le 8 mars 1982, la journée est officialisée en France.

Le 8 mars est une journée bilan, on fait le point sur les avancées et les retours en arrière. On manifeste, on se fait entendre et on sensibilise. On revendique. La seule chose qu’on fête ce jour là, ce sont les victoires.

Ce qu’on veut ? Juste avoir les droits fondamentaux des être humains…

Concrètement, qu’est-ce qu’on peut faire ?

D’abord, ma chère fille, je te dirais qu’on ne se tait pas. Jamais. Il y aura des empêcheurs de tourner en rond qui vont nous insulter de Féministe, mais sache qu’en aucun cas, ce n’est un gros mot.
Ensuite, pour agir, on peut se rapprocher des associations qui existent pour les soutenir et participer aux tables rondes, aux marches silencieuses, aux manifestations, au opérations de sensibilisation. Faire, quoi que ce soit, il faut faire.
On peut aller au contact des femmes et des filles pour les écouter, rien que ça, les écouter, c’est déjà beaucoup.
Et tout ce que tu entreprendras sera utile, même si certains vont trouver ça petit, inutile ou ridicule. Je le redis, mais il n’y a pas de petites bataille.

Déterminée !

Alors, ma chérie, je compte sur toi pour continuer à lutter parce que ce n’est que le début. Nous allons continuer ce que les suffragettes ont initié en 1903.

Je sais que tu auras la force et la conviction nécessaire pour trouver des idées, proposer des actions, et peut être même des lois. Je suis intimement convaincu que le changement vient avec l’éducation qu’on donne à nos enfants. Avec la tolérance, la bienveillance et l’esprit de révolte qu’on leur souffle.

Et surtout, ma fille, surtout, ne cesse pas de croire en l’être humain. Même si c’est dur, la vie en vaut la peine.

Les chiffres proviennent de sources telles que stop-violences-femmes.gouv.fr, l’INSEE, l’UNESCO, Filles pas Epouses, Le Bonbon, etc.