30 ans, c’est le temps qu’il m’a fallu pour comprendre que ma mère était toxique. Derrière ce terme “à la mode”, des tas d’enfants comme moi, ont vécu leur enfance dans un flou artistique malsain.

Comment se forger en adulte avec un passif pareil ? L’être humain est fait de manière à s’inspirer de son vécu. Alors quand notre éducation a été faite par un parents manipulateur, menteur, ou encore versatile, est-il possible de ne pas reproduire ?

Oui, c’est possible. Non sans peine et avec une certaine dose de remise en question.

Moi, par exemple, j’ai enfin ouvert les yeux à 30 ans, donc ça fait 8 ans que je me bats avec moi même pour ne pas suivre l’exemple de ma mère. Quand on vit et quoi est éduqué par quelqu’un qui souffle le chaud puis le froid sans cesse, qui nous aime à la folie pour nous détester la seconde d’après, il est très difficile voire carrément impossible d’avoir des repères et de faire la différence entre le bien et le mal.

J’ai passé mon enfance au rythme des mensonges de ma mère. Mentir était pour moi quelque chose de tout à fait normal vu que j’ai été élevé dans ce climat. Il m’est arrivé très souvent de défendre ma mère et de la conforter dans ses affabulations. Parce que c’est ma mère et que dans l’esprit des enfants, une mère (ou un père) de PEUT PAS être mauvais, faux, manipulateur. On n’y croit pas et même, on n’y pense pas une seconde.
Nos parents sont des modèles et des exemples.

Forcement, quand nous devenons parents à notre tour, nous allons reproduire. Même inconsciemment. La plupart du temps, les enfants de parents toxiques deviennent parents avant de se rendre compte de l’impact négatif de leur éducation. On se voile la face parce que c’est comme ça qu’on nous a appris à vivre.

Une famille aimante, bienveillante, va forger un être aimant et bienveillant. Une famille où régne le non-dit et le mensonge, va forger une être qui ne sait pas communiquer. C’est aussi bête que ça.

Mais quand on va à l’encontre de notre éducation, on se heurte à beaucoup d’obstacles. Par exemple, affronter la vérité et l’utiliser comme mode de vie. Je n’ai jamais appris à faire ça alors comme ma mère, au moindre problème, si petit qu’il soit, je m’étais réfugiée dans la fuite et le mensonge.

C’est difficile de sortir de cet état de fait, de se rendre compte qu’on prend le chemin de ses parents, même si on le rejette.

8 ans que je lutte et j’estime avoir bien réussi parce que j’ai la niaque et l’envie de ne pas être “comme elle”. Et aussi parce que des gens autours de moi, m’ont soutenu et ne m’ont pas lâcher.

Aujourd’hui, je suis mère d’une pré-ado en sixième. Une fille qui a toujours eu confiance en elle parce que je l’ai toujours poussé à s’assumer et à assumer ses différences (aidée de son père hein, pas moi toute seule).
Le mensonges est quelque chose qui m’a tellement pourri la vie que c’est pour moi inacceptable. Je sais trop les ravages de ces actes. Alors, j’ai encouragé les vérités même si elles sont dures à dire et à avouer. Peut-être un peu trop même.

Depuis la rentrée, ma fille perd peu à peu la confiance en elle, c’est la dégringolade. Elle se détache de tout le monde. Et ça, c’est à cause des mensonges qu’elle raconte tout le temps.

Soyons clairs, nous tous, quand vous étions enfant, ado, nous avons tous raconter des bobards pour faire nos interessants. Mais quand tout le monde tourne le dos, c’est que vraiment, ça va loin.

Après cette révélation choc, je me suis posée mille questions et celle qui revenait tout le temps : est-ce que ça se transmet génétiquement ? Est-ce héréditaire ?

Bien sûr que non. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de me remettre moi, en question. Parce que si elle agit ainsi, c’est que quelque chose ne va pas. Quelque chose de si grand qu’elle n’ose pas m’en parler à moi, sa mère.

Il a donc fallu un conversation qui m’a brisé le coeur. Parce que dans mon rôle de mère, je dois parois faire face à des situations qui me renvoie instantanément à mon enfance, gâchée par ma mère toxique.
C’est dur et j’ai pris des flèches à l’âme, mais ne faut-il pas tout faire pour aider nos enfants ?

Il est hors de question pour moi de laisser ma fille sombrer dans les travers qui ont entrainé la dérive de ma mère et dont j’ai été le dommage collatéral.

Alors même si c’est dur, même si j’en pleure toutes les nuits, je dois reprendre le combat, pour ma fille, pour moi et pour notre famille.

Dans mon histoire de vie chaotique, tout a commencer avec des petits mensonges, égrenés ça et là par une gamine paumée et triste dans les années 60. J’ai suivi ce chemin dans les années 80 quand j’étais moi même enfant, je sais trop le mal que ça fait, je ne laisserai pas ce mal arriver à mon enfant des années 2010.

On ne se rend pas compte que la toxicité d’un parent ne se répercute pas que sur son enfant. Il rebondi également sur les enfants de ses enfants. Il faut avoir du courage et de la force pour refuser cette vie et en construire une meilleure, malgré les doutes et les obstacles.

Aujourd’hui, à 38 ans, 8 ans après mon réveil, je me bats encore et à travers les yeux de ma fille, je me rends compte que le combat n’en est qu’au début.